L’ostéopathie : guérir par le corps

L’ostéopathie fait partie de ces pratiques de soin que tout le monde connaît de nom sans forcément savoir ce qui se trouve derrière.

On pense notamment souvent qu’il s’agit d’une médecine reconnue comme telle ou qu’elle s’inscrit fréquemment dans les processus de soin classiques. Ce n’est pas toujours le cas.

C’est même une discipline qui, à l’instar de l’homéopathie bien que dans une moindre mesure, a rencontré beaucoup de détracteurs et ne s’est pas diffusée partout de la même façon ni avec le même enthousiasme.

Pseudo-médecine pour les uns, thérapie à part entière pour les autres, les ostéopathes n’en demeurent pas moins présents partout dans le monde et reçoivent des millions de patients chaque année en recherche d’une meilleure santé1.

Mais avant de revenir sur ce débat, voyons d’abord d’où vient l’ostéopathie et ce qu’elle entend réaliser.

I - Origine d'une méthode non conventionnelle

A - Des principes fondateurs

L’ostéopathie a été développée par le thérapeute étasunien Andrew Taylor Still (article en anglais).

Celui-ci, d’abord étudiant en médecine avant de rompre avec l’approche conventionnelle, proposa une technique de soin par manipulation manuelle du corps des patients. Selon lui, et cela rejoint bon nombre de médecines holistiques telles que l’ayurvéda, la maladie est la résultante de déséquilibres internes que l’on peut résoudre en manipulant le corps d’une certaine manière.

C’est d’ailleurs semble-t-il la raison qui l’a poussé à renoncer à poursuivre dans la médecine classique : le fait que cette dernière s’attarde sur les symptômes et non sur leurs causes véritables.

Vraisemblablement connaisseur en physique mécanique (et par ailleurs inventeur), il dit aborder le corps comme une machine complexe, dont la bonne marche réclame de solides connaissances.

"Un ostéopathe est simplement un ingénieur de l'humain, qui doit comprendre toutes les lois gouvernant sa machine et ainsi être capable de dominer la maladie."
Andrew Taylor Still
Fondateur de l'ostéopathie

M.Still établit quatre principes fondateurs sur lesquels reposent selon lui toute médecine. Malgré nos recherches, il nous a été difficile de trouver une formulation exacte de ces principes (voir éventuellement l’ouvrage de M.Still : Philosophie de l’ostéopathie). En substance, nous les exprimerions comme suit :

  • l’humain est composé et dépend d’un ensemble d’éléments indissociables : corps, esprit, environnement et mémoire ;
  • l’humain possède intrinsèquement une capacité d’auto-guérison, lorsque le déséquilibre dépasse cette capacité, la maladie apparaît ;
  • la structure et la fonction d’un tissu dépendent l’une de l’autre ;
  • la santé d’un tissu dépend de son irrigation (vascularisation et apport de nutriments).

(Pour rappel, le terme de “tissu” fait aussi bien référence à la peau qu’aux os, aux muscles, aux tendons, aux ligaments, aux organes, etc.)

Ce sont notamment ces fondements, considérés non prouvés, qui ont engendré le rejet de l’ostéopathie par certaines autorités médicales et scientifiques.

B - Une reconnaissance en demi-teinte

De par sa nature “parallèle”, l’ostéopathie a donné lieu au phénomène récurrent de la bataille pour la reconnaissance au sein des cénacles scientifiques officiels. Sur ce point, il semble que son fondateur ait à la fois œuvré à sa reconnaissance par le public sans cesser de se maintenir à l’écart de la communauté médicale conventionnelle. Par la suite, plusieurs ostéopathes sont montés au créneau afin de défendre leur discipline, voire de la proposer comme médecine reconnue.

Bien qu’il n’y ait pas pléthore de documentations scientifiques sur le sujet de l’ostéopathie, nous trouvons çà et là des études cliniques ciblées sur certains symptômes ou encore des méta-études tendant à déterminer l’efficacité ou l’inefficacité de l’ostéopathie. Cependant, et nous y reviendrons dans notre prochain article sur l’homéopathie, il convient d’être circonspect, car il arrive bien souvent que les protocoles d’études en médecine soient biaisés dès le départ (notamment par l’application d’un protocole non conforme à la discipline étudiée), quand les résultats ne sont pas eux-mêmes suspects (voir à ce propos, notre article sur la reproductibilité des études scientifiques).

Voici, parmi ces ressources, celles ayant retenu notre attention :

  • Rapport de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) de 2012 : Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’ostéopathie par Caroline Barry et Bruno Falissard. Ce document apporte autant d’arguments en faveur de l’ostéopathie qu’en défaveur et insiste sur les situations adaptées ou non au recours à cette discipline.
  • Article rédigé par un ostéopathe présentant un ensemble d’études démontrant les bienfaits de l’ostéopathie. Certaines de ces études suggèrent une généralisation de l’ostéopathie dans les processus de soin liés aux troubles moteurs et notamment après des accidents.
  • Article en langue anglaise, présentant un résumé de plusieurs études, montrant tour à tour l’efficacité et l’inefficacité de l’ostéopathie : The enigmatic case of cranial osteopathy: Evidence versus clinical practice.

Malheureusement, et comme souvent, certaines argumentations d’études ont une tendance très nette à vouloir valider les a priori de leurs auteurs, ce qui, nous le rappelons, est une démarche anti-scientique.

Gardons également à l’esprit que certaines qualités attribuées parfois à l’ostéopathie, comme son impact sur les troubles du comportement et plus généralement les troubles d’ordre psychique, n’ont jamais été sérieusement étudiées. Ce manque de contenu scientifique doit inviter à la lucidité, que nous soyons enthousiasmés ou non par l’ostéopathie.

C - Un engouement socio-culturelle

Lorsque l’on s’intéresse à la diffusion de l’ostéopathie à travers le monde, nous remarquons deux choses : l’ostéopathie s’est très bien installée dans les pays développés (Amérique du Nord, Europe, Afrique du Sud, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande) et la France est le pays le plus enthousiasmé par la discipline.

En effet, il s’agit du pays enregistrant le plus haut taux d’ostéopathes par habitant : environ 1 pour 3000 en 20132.

Par ailleurs, ces pays ont pour point commun de partager un intérêt certain pour les médecines alternatives récemment introduites dans leur pays (soit parce que leur invention est récente, soit parce qu’elles proviennent d’ailleurs) comme l’homéopathie, l’acupuncture, le yoga, la sophrologie ou la naturopathie.

La distinction économique des pays précédemment cités peut s’expliquer de plusieurs manières :

  • les pays plus pauvres pratiquent encore leur médecine traditionnelle, en ayant parfois recours à des interventions similaires à l’ostéopathie, mais non dénommées comme telle ;
  • les statistiques sur lesquelles reposent les études ne sont permises que par une structuration administrative de la profession, chose concernant majoritairement les pays modernes ;
  • l’invention même de l’ostéopathie s’est produite aux États-Unis, celle-ci s’est donc naturellement diffusée dans les pays culturellement voisins.

II - Des osthéopathies

Autre constat lorsque l’on s’intéresse au sujet de l’ostéopathie : les pratiques divergent selon les praticiens.

Il y a en effet un tel éventail de techniques mises en œuvre par les ostéopathes qu’on ne peut deviner à l’avance comment se déroulera une séance d’ostéopathie.

Le choix de ces techniques provient de plusieurs choses :

  • selon les pays, une réglementation interdisant certains actes en dehors de la médecine conventionnée (comme les manipulations cervicales), qui seront donc effectués et/ou prescrits par des médecins diplômés ;
  • le style du praticien : approche douce ou énergique, de surface ou en profondeur, centrée sur les os ou les muscles, la colonne ou le ventre, etc.
  • la spécialisation du praticien : nourrissons, enfants, adultes ou personnes âgées, troubles digestifs, musculaires, squelettiques, douleurs dorsales, vertèbres, etc.

De plus, il existe un grand nombre d’écoles d’ostéopathie, ayant chacune leurs spécificités et leurs techniques favorites.

Ainsi, d’une nomenclature originelle commune (préceptes et approche manuelle), les ostéopathes peuvent nettement diverger quant à la nature de leurs soins.

A - L'approche générale

Nous l’avons vu, les fondements de l’ostéopathie nous viennent du thérapeute étasunien Andrew Taylor Still. Ses quatre préceptes fondateurs relient censément les praticiens ostéopathes entre eux.

L’approche est donc manuelle, et consiste à manipuler le corps du patient de manière intelligente dans le but de lui conférer une meilleure santé. Cette meilleure santé peut alors correspondre au soulagement temporaire ou non d’un mal et peut aller jusqu’à la guérison durable.

Ces manipulations pourront consister en des torsions du corps plus ou moins douces (le praticien s’aidant parfois du poids de son propre corps pour parvenir à ses fins), des diagnostics et stimulations subtils proches de la microkinésithérapie (discipline proche), des corrections de postures ou de mouvements, des étirements, des massages.

Le point d’ancrage de toutes ces techniques étant la mémoire de notre corps, montrant par ses caractéristiques (raideurs, faiblesses, relâchement, douleurs, asymétries, déséquilibres) ce qu’il a vécu et comment il l’a vécu.

Cette approche touche donc également à la sphère sensible : nos émotions, nos sentiments, nos frustrations, nos doutes, nos colères ou autre, et peut permettre de libérer des blocages en lien avec des évènements que nous avions oubliés ou que nous ignorons, et ce, parfois jusqu’avant notre naissance.

B - Spécificités des pratiques

Parmi les témoignages recueillis et également de par nos propres expériences de la discipline, nous avons identifié différentes pratiques ostéopathiques :

  • une approche crânio-sacrée, abordant la santé des patients du haut du crâne jusqu’au sacrum, en passant par la colonne vertébrale, sans intervenir directement sur les membres ou les tissus mous (muscles, peau, tendons, ligaments, viscères, etc) ;
  • une approche mécanique globale et souvent énergique, centrée sur le squelette, et cherchant à rectifier la disposition de ce dernier en cas de déséquilibres observés (notamment par les postures et la marche) ;
  • une approche similaire à la microkiné, par des contacts doux et attentifs, tendant à libérer des blocages mémorisés par le corps dans ses tissus mous, travaillant à partir de la capacité d’autoguérison du corps et non en le rectifiant manuellement ;
  • des approches similaires à la précédente mais ayant un élément favori de diagnostic et d’intervention : la tête et le visage, le ventre, les mains, les pieds, le dos ou les genoux.

De plus, il n’est pas rare qu’un ostéopathe ait également d’autres cordes à son arc : il est parfois médecin ou kinésithérapeute et peut parfois se former à des thérapies complémentaires (homéopathie, acupuncture, médecine chinoise ou ayurvédique, hypnose, etc).

C - Une discipline vivante

De par son caractère sensible (contact par les mains, recherche des mémoires corporelles, observations fines du patient), l’ostéopathie a tendance à nettement évoluer au fil du temps. C’est d’ailleurs l’un des principaux avantages de ne pas dépendre d’une autorité centrale unique, cataloguant la façon d’être malade plutôt que la façon d’être en bonne santé et dénigrant tout ce qui n’est pas passé par le tamis à géométrie variable d’une science officielle devenue douteuse (là encore, nous vous invitons à lire ou relire notre article sur la reproductibilité des études scientifiques).

Cependant, comme dans toute pratique thérapeutique, conventionnelle ou non, il existe des dérives.

La plasticité de sa définition est à double tranchant et il ne faut pas perdre de vue que la qualité d’une thérapie, c’est avant tout la qualité du thérapeute. Certains accidents liés à des séances d’ostéopathie ont pu mettre en alerte les autorités de santé et une partie de l’opinion publique.

Il convient pourtant de relativiser ces informations, car ce n’est pas l’ostéopathie en elle-même qui est en cause (à moins que ne soit avéré un jour le caractère dangereux de ses fondements) mais les humains qui la pratiquent : des cas isolés et malencontreux.

III - Témoignages et résultats

Passons maintenant, comme à notre habitude, à des choses plus concrètes. Si la théorie est jolie et les études encourageantes, qu’en est-il des résultats sur le terrain, des retours d’expérience ?

Et aussi : pour quels types de symptômes peut-on envisager de consulter un praticien ostéopathe ?

A - Troubles et maladies physiques et physiologiques

Bien qu’en l’être, toute chose est liée de près ou de loin à toute autre, la façon dont nous manifestons le besoin de recourir à une tierce personne pour aller mieux et gagner en santé diffère selon les symptômes.

C’est le cas le plus fréquent : nous consultons un ostéopathe lorsque nous observons un problème physique ou physiologique.

Parmi les dizaines de témoignages que nous avons lus ou recueillis (par internet et sur le terrain), voici les motifs de visite les plus courants :

  • douleurs et blocages articulaires ;
  • tendinites ;
  • problèmes de dos ;
  • maux à la tête et aux cervicales ;
  • syndromes rotuliens ;
  • autres inflammations articulaires ;
  • rhumatismes, arthrose et arthrite ;
  • stress ;
  • mauvaise digestion ;
  • problèmes respiratoires ;
  • douleurs persistantes dans des contextes sportifs.

Nous n’avons presque recueilli que des retours positifs sur les séances effectuées, les autres étant neutres (pas de résultat observé). Vigilance tout de même, car il n’est pas rare d’attribuer un mieux-être à des éléments et évènements qui n’en sont pas responsables.

Cependant, si l’on croise ces témoignages avec les études citées plus haut, on peut assurer sans mal que l’ostéopathie fonctionne, parfois même très bien, et qu’elle est indiquée dans bon nombre de pathologies et désagréments de santé.

B - Troubles et maladies psychiques et spirituelles

Allons plus loin, et abordons maintenant un sujet mal aimé de la science officielle.

Nous l’avons vu par ailleurs, et notamment dans la plupart de nos articles, dont ceux traitant de l’ayurvéda ou de la respiration transpersonnelle, corps, esprit et âme sont intriqués. Il est donc évident que tout travail thérapeutique sur et par le corps peut influer sur les deux autres.

C’est une approche plus rare mais qui n’est pas absente de l’ostéopathie (comme de la microkinésithérapie). En effet, certains ostéopathes abordent leur discipline et leurs soins en incluant dans leur approche les dimensions émotionnelles et existentielles de leurs patients et notamment les traumas passés.

Cette approche exige du praticien une certaine subtilité, ainsi qu’une connaissance minimale de la façon dont les êtres humains peuvent enregistrer dans leur corps ce qu’ils ont vécu depuis leur naissance, et parfois même avant.

Ainsi, l’ostéopathie peut nous aider à débloquer certaines mémoires traumatiques en lien notamment avec notre vécu intra-utérin, notre naissance (traumatique chez la plupart des gens, au moins à notre époque) et autres évènements émotionnellement forts (deuils, séparations, accidents, échecs, humiliation, culpabilité, déménagement, abandon, etc).

En ce qui concerne des pathologies lourdes de type psychiatrique (schizophrénie, psychose, névrose ou autre), nous n’avons pas pour le moment suffisamment d’éléments pour en discuter. Cependant, quelques cas de mieux-être en lien avec des névroses ont été évoqués.

Nous n’avons pas non plus, pour le moment là encore, eu de retours à propos de soulagement de souffrances en lien avec des vies antérieures ou d’autres considérations proches du paranormal mais il n’y a pas d’impossibilité de principe.

C - Limites et marges de progression

L’une des limites qui entoure l’ostéopathie, et ce, dans tous les pays, est son statut flou d’un point de vue médical.

Les institutions responsables des conventions médicales ont encore tendance à reléguer l’ostéopathie au rang de médecine parallèle de bien-être. Cela peut avoir des avantages, notamment en termes d’indépendance, mais restreint tout de même la diffusion de la discipline et l’accès aux soins ostéopathiques (parfois absent des parcours de soin).

Ce qui n’empêche pas les Français, et d’autres peuples, de recourir fréquemment aux services des ostéopathes, signe que leur métier persiste à être reconnu par le grand public.

Parmi les possibilités de progrès dont pourrait profiter la discipline, il serait intéressant de compléter l’approche classique de l’ostéopathie par celle abordant les notions de mémoire du corps, notamment dans une optique de libération émotionnelle (ce que pratiquent déjà certains ostéopathes). La microkinésithérapie ou l’acupression pourraient faire partie de ces pistes de complétion. L’avantage étant que cela ne dénaturerait pas l’ostéopathie mais l’approfondirait, l’étendrait, car ces pratiques sont tout à fait en phase avec les préceptes posés par Andrew Taylor Still.

Et puisque nous constatons que le public apprend peu à peu à reconnaître ce principe de mémoire du corps, il y a fort à parier que les pratiques de santé, et parmi elles l’ostéopathie, s’emparent de plus en plus de cette réalité pour mieux en tenir compte.

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